danse de sega de l'ile maurice

L’origine du Séga à l’Île Maurice

«Grand festin pé déroulé bord la mer, dimoun finn entouré, autour enn grand difé »…Cette phrase sort d’une des chansons locales les plus célèbres à l’Île Maurice. Cette phrase est aussi synonyme de l’ambiance typique du Séga dans l’île. Le séga est une musique qui date de l’ère de l’esclavage, transporté d’Afrique. Sans conteste, le Séga apporte la joie et la bonne humeur au moment présent. Dans le passé, les ancêtres n’avaient que cette musique pour se distraire et se réunir pendant quelques heures en dehors des maisons ou autre champs dans lesquels ils travaillaient nuit et jour. Le Séga est le symbole des anciens qui ont forgé progressivement leur identité sur cette terre d’exil. La musique improvisée et la danse autour d’un feu de camp : un moyen pour ces âmes déracinées à oublier leur conditions de vie difficiles.

Dans l’histoire de l’Île Maurice, contrairement aux colons de l’époque, les esclaves ne pouvaient avoir d’instruments tels que les pianos ou les guitares. Ils devaient improviser avec les moyens du bord. Nul ne sait comment mais ils ont découvert que la peau séchée des cabris pouvait faire un son rythmé et dansant. Ainsi est né la ravanne. De forme circulaire, cet instrument de musique qui ressemble de loin aux djembés d’Afrique est indispensable et indissociable du Séga. Instrument à percussion en peau de chèvre («lapo cabri» en créole) tendu sur un cadre circulaire en bois, il ressemble à un grand tambour de 30 à 70 cm de diamètre.

 

Les instruments des ségatiers

Contrairement aux autres instruments à percussion, la ravanne est frappée des deux mains. Contrairement à la conga ou au bongo, le batteur de la ravanne (le ravannier) joue assis, accroupi ou debout avec une jambe légèrement plus haute que l’autre. Le but étant de garder la ravanne sur la cuisse, en laissant les deux mains libres pour jouer. Les ravanniers doivent également réchauffer régulièrement leur ravanne pour resserrer la peau et s’assurer que l’instrument résonne. C’est pourquoi le Séga était traditionnellement joué autour d’un grand feu de joie. 

La ravanne

Mais la ravanne n’est pas l’unique instrument utilisé dans le Séga. Deux autres instruments traditionnels accompagnent la ravanne. On retrouve la maravanne et le triangle. Le premier est une boîte rectangulaire faite de pousses de canne à sucre séchées et remplie de graines séchées, et qui donne le son rythmé et aigu du Séga. Le triangle est une barre de fer pliée en forme de triangle et jouée rythmiquement avec une petite tige de métal. Cette tige peut aussi être remplacée par la partie supérieure d’une bouteille de rhum ou de bière.

Autres instruments

Ravanne, maravanne et triangle sont les trois instruments de base du Séga de l’Île Maurice (séga tipik).«Batté batté batté nou la main mett son dan nou lé corps ! Maravanne triangle l’accordéon violon »… Ceux-ci sont les paroles d’une autre chanson locale bien appréciée par les mauriciens. Certains disent que le mot ravanne est d’origine tamoule alors que d’autres affirment que le mot «Séga»vient du tchega, une danse du Mozambique ou du mot swahili «séga».

 

Le Séga, une musique marginalisée

Alors que les esclaves s’adonnaient à cœur joie de danser le Séga, les premiers colons et missionnaires eux désapprouvaient les soirées où les esclaves se laissaient aller au son de la ravanne. Ils considéraient que la danse était trop érotique, le rhum trop répandu et les combats trop fréquents. Par contre pour les esclaves, c’était la meilleure façon d’oublier leurs difficultés dans les champs de canne et les propriétés. Ils se rassemblaient après le coucher du soleil autour d’un feu de camp et inventaient des énigmes créoles (sirandanes). Ils chantaient et dansaient toute la nuit sur des rythmes qui avaient été les leurs dans leur patrie africaine. La musique était désapprouvée et même interdite par l’Église catholique et les autorités coloniales. 

 

Évolution du Séga à l’Île Maurice

Le Séga a commencé à évoluer, perdant ainsi son caractère rituel au début des années 1900. La musique devint plutôt un véhicule de la chanson improvisée, utilisant le langage créole pour créer des jeux de mots et des doubles sens, tous des aspects indispensables du genre. Après l’abolition de l’esclavage, les musiciens noirs et métisses qui évoluaient encore dans le cercle des propriétaires blancs tout en vivant dans leurs villages développaient une forme de Séga plus «civilisée»,mêlant des éléments traditionnels aux instruments européens.

Plus tard, des instruments de percussion indiens tels que le dholok et le tabla ont été incorporés dans la musique, donnant naissance au Séga bhojpuri. D’autres variantes se sont développées organiquement. Notamment le Seggae, une fusion de Séga et de Reggae. Le Seggae est joué par des artistes de la communauté rastafari tels que Kaya et Racine Tatane.

Sur les îles voisines, le séga a également connu de nouvelles formes. Le séga tambour et séga kordéon à Rodrigues, le maloya à la Réunion ou encore le moutia aux Seychelles.

 

Ti Frère : le symbole du Séga mauricien

De son vrai nom Joseph Alfonse Ravaton, Ti Frère a appris le séga et les ballades en accompagnant son père, lui-même célèbre musicien de séga. Sa réputation a grandi à travers des concours locaux dans différents villages.

Ti Frère est devenu un héros local et a enregistré le premier disque vinyle 45 tours jamais sorti à l’Île Maurice en 1948. Au Morne, la communauté créole a profité du rassemblement pour réaffirmer son identité culturelle et ce fut un événement de référence. Par la suite, le séga est devenue une forme d’art à l’échelle de l’île et Ti Frère a été couronné «Roi du Séga».Il a ajouté l’accordéon diatonique à l’accompagnement traditionnel du trio ravanne, maravanne et triangle. Il est devenu un maître de la spontanéité, racontant  les hauts et bas de la vie mauricienne à travers sa musique.

 

Le Séga, l’acceptation nationale

Alors que Ti Frère faisait discrètement revivre le séga dans les cercles privés dans les années 50, Serge Lebrasse était une autre figure importante dans la diffusion de la musique de l’ombre à la lumière. À l’âge de 15 ans, il déménage avec sa famille de la ville de Rose-Hill à Quartier Militaire, le village où Ti Frère a vécu. Au milieu des années 1960, le séga était devenu un symbole de fierté et d’identité nationale pour l’Île Maurice. Une nouvelle génération a commencé à la chanter et le label Dragon a enregistré la plupart des futures stars de séga, dont Roger et Marie-Josée Clency, Alain Permal et Georgie Joe.

Avec l’avènement des instruments électriques (batterie, synthétiseur, guitares basses et guitares électriques) dans les années 1970, l’influence de la musique pop, funk et jazz s’est fait sentir sur le séga. Les dancefloors ont commencé à grincer au son d’un beat séga funky. 

Les mauriciens de toutes les communautés locales (européennes, africaines, indiennes, chinoises) ont tous dansé et apprécié le séga. La musique s’est ensuite répandue avec le même succès sur les autres îles créoles de la région: les Seychelles, la Réunion, Rodrigues et Chagos. Même les îles non créoles comme Madagascar et les Comores dansaient sur un nouveau son séga moderne.

 

Le Séga, ça se danse

Le séga est généralement dansé par des couples, sans contact entre hommes et femmes. Les hanches se balancent, les bras sont soulevés et les pieds balaient le sol tout en faisant des pas latéraux. Souvent au milieu de la danse, le couple se met à genoux. Leurs bustes se rencontrent et se penchent les uns sur les autres, se renversant de manière érotique, un pas appelé «en bas en bas».

 

Nouvelle évolution moderne

Dans le séga d’aujourd’hui, la ravanne traditionnelle a tendance à être remplacée par une ravanne faite de peau synthétique ou de djembé africain. Comme ces peaux restent tendues, il n’est pas nécessaire de réchauffer les instruments, ce qui les rend plus pratiques pour les salles de concert et les hôtels. Mais ces alternatives ne remplaceront jamais le son distinctif d’une peau de chèvre tendue. Il reste malheureusement peu de fabricants qui fabriquent la ravanne traditionnelle. Les peaux de chèvre sont également plus difficiles à obtenir de nos jours. En effet, l’élevage de chevreaux est de moins en moins pratiqué à l’Île Maurice.

Les esclaves et autres immigrants qui ont débarqué en Ile-de-France ont créé une culture insulaire qui unit aujourd’hui toutes les communautés de l’île. Leurs descendants mauriciens d’origine chinoise, indienne, européenne et africaine parlent tous la langue créole. 

 

Ils ont marqué le séga à leur façon à travers les décennies

À Maurice, ils sont plus d’une centaine de chanteur de séga qui ont marqué l’histoire de cette musique. Soit en apportant leur touche personnelle ou en suivant le rythme typique. Voici une liste de ségatiers ayant fait vibrer les mauriciens…

–       Ti-Frère

–       Serge Lebrasse

–       Marie Josée Clency

–       Michel Legris

–       Roger Clency

–       Marclaine Antoine

–       Menwar

–       Kaya (seggae)

–       Claudio Veeraragoo

–       Les Windblows

–       Claude Gaspard

–       Denis Gaspard

–       Mario Armel, George Armel, Clarel Armel

–       Désiré François (et son ancien groupe Cassiya)

–       Linzy Bacbotte-Raya

–       Sandra Mayotte

–       Wilson Felix

–       Renel Trapu 

–       Sylvain Calleecharan

–       Mario Justin

–       SkytoBe, entre autres